Agence France-Presse 3 octobre 2025 à 10h07
Un tribunal finlandais s’est déclaré incompétent vendredi pour décider du sort d’un capitaine et de deux officiers d’un navire appartenant à la flotte fantôme russe, accusés d’avoir volontairement sectionné des câbles en mer Baltique fin 2024.
« Il n’était pas possible d’appliquer le droit pénal finlandais dans cette affaire », a précisé le tribunal de district de Helsinki dans un communiqué.
Le procès s’est tenu en août et septembre dans la capitale finlandaise, après quoi ces trois membres d’équipage, retenus dans le pays pendant la procédure, ont été autorisés à quitter la Finlande. Le pétrolier Eagle S était immatriculé aux îles Cook.
« Ce sont les tribunaux de l’État du pavillon du navire ou de l’État d’origine des prévenus qui avaient compétence pénale en la matière », a ajouté le tribunal.
Accusant les membres de l’équipage de « délit aggravé et perturbation aggravée des communications », les procureurs avaient requis au moins deux ans et demi de prison ferme.
- Sabotage présumé -
Le capitaine Davit Vadatchkoria (Géorgie), et les officiers supérieurs Robert Egizaryan (Géorgie) et Santosh Kumar Chaurasia (Inde), étaient accusés d’avoir laissé traîner l’ancre du navire sur le fond marin sur environ 90 kilomètres, endommageant cinq câbles sous-marins dans le golfe de Finlande le jour de Noël 2024.
Les procureurs finlandais ont affirmé qu’ils avaient intentionnellement manqué à leur devoir d’assurer une navigation sûre, après avoir quitté le port russe d’Oust-Louga.
Le câble électrique EstLink 2 et quatre câbles de télécommunications reliant la Finlande et l’Estonie avaient été endommagés. Un incident qui s’ajoute à d’autres dégradations de câbles sous-marins survenues dans la Baltique les mois précédent.
Des experts et dirigeants politiques considèrent que ce sabotage présumé s’inscrit dans le cadre d’une « guerre hybride » menée par la Russie contre les pays occidentaux, sur fond de tensions croissantes en mer Baltique depuis l’invasion de l’Ukraine en 2022.
L’Eagle S est soupçonné d’appartenir à la flotte fantôme russe, utilisée par Moscou pour vendre son pétrole en échappant aux sanctions imposées par les alliés occidentaux.
L’éventuelle responsabilité russe n’a toutefois pas été évoquée lors du procès en Finlande.
Les marins n’ont pas cherché à connaître « les raisons de la baisse de vitesse et du régime des moteurs, alors qu’il était évident qu’elles étaient dues à une force extérieure qui affectait le navire », selon l’accusation.
Les trois hommes ont nié les accusations tout au long du procès.
Pour eux, il s’agissait d’un accident. Le navire avait ralenti en raison d’un problème de moteur et de conditions météorologiques difficiles, ont-ils affirmé.
Selon M. Vadatchkoria, rien n’indiquait que l’ancre était tombée du navire. « Il n’y avait aucune raison de douter qu’elle était bien en place », avait-il déclaré au tribunal.
Les procureurs ont estimé au contraire que les marins n’avaient pu ignorer une ancre traînant derrière leur navire.
« Si un navire traîne une ancre derrière lui pendant plusieurs heures sur une distance de 90 kilomètres, est-il vraiment possible que personne ne s’en rende compte ? », s’est interrogé le procureur Mikko Larkia.
Le jugement finlandais intervient au moment où un autre pétrolier considéré comme appartenant à la flotte fantôme russe, le « Boracay », a été intercepté au large des côtes françaises. Son commandant chinois va être jugé pour refus d’obtempérer.
Ce navire a été repéré la semaine dernière au large du Danemark, quand des survols de drones ont perturbé le trafic aérien dans ce pays.
La Finlande et la Suède ont rejoint l’Otan après l’invasion de l’Ukraine par la Russie en 2022, et l’alliance militaire a renforcé sa surveillance et sa présence en mer Baltique à la suite de ces incidents.
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