Paradis fiscaux et judiciaires

Les enquêtes interdites, Notes blanches

samedi 1er février 2003 par marieagnes

Amnistia.net – Les enquêtes interdites, Notes blanches, 20/12/2002 (Enrico PORSIA) : « Le commissaire Hubert Marty-Vrayance [était], depuis 1997, [...] l’un des spécialistes de la sécurité informatique au secrétariat général de la Défense nationale (SGDN).

Le 15 avril dernier ce fonctionnaire de 44 ans, qui jusque-là donnait pleine satisfaction à ses supérieurs, est brutalement mis à l’écart. Du jour au lendemain, l’accès à son bureau lui est interdit. Officiellement, la cause de sa suspension serait liée à un article paru sur Intelligence Online (le 11 avril 2002), une publication confidentielle, très prisée dans le milieu du renseignement. Sous le titre, Un "réseau d’experts" chez les conspirationnistes, le commissaire Marty-Vrayance apparaît comme étant un des inspirateurs du livre L’effroyable imposture de Thierry Meyssan (Carnot, 2002).

Marty-Vrayance nie toute participation à l’ouvrage de Meyssan, ce que ce dernier confirme. De son côté, [son avocat] Me Thibault de Montbrial souligne avec fermeté : « C’est absurde. Mon client s’était simplement exprimé sur un forum Internet, spécialiste en questions de Défense, en publiant des interrogations et des doutes sur la version des attentats du 11 septembre. Des doutes qui étaient d’ailleurs partagés par plusieurs professionnels du renseignement. La simple participation à un forum Internet ne peut pas justifier la mise à l’écart si brutale de mon client ».

Existerait-il donc d’autres raisons, à l’origine de la suspension du commissaire ? Ce n’est pas impossible, d’autant que Marty-Vrayance ne travaillait pas uniquement pour le secrétariat général de la Défense nationale… De manière beaucoup plus discrète, il enquêtait pour le compte de la DCRG, la direction centrale des RG. Un service qu’il connaît bien, puisqu’il a commencé sa carrière aux RG [...], avant d’être propulsé, en 1988, comme responsable des renseignements dans la région de la Nièvre, le fief de François Mitterrand.

Par la suite, Marty-Vrayance intègre le SCTIP, le Service de coopération technique internationale de police. Il est envoyé dans un pays très sensible pour la France, le Gabon. [...] En 1997, retour dans l’Hexagone. Il est [...] affecté au SGDN, un autre service ultrasensible rattaché au Premier ministre.

Or, depuis la fin de l’année 2000 ce commissaire de police effectue aussi des missions aussi discrètes que délicates pour les Renseignements généraux : [... il enquête] sur la cavale d’Yvan Colonna, [meurtrier présumé du préfet Érignac, et sur des “suicides” suspects.

À propos de celui d’un ancien Premier ministre, il souligne] “l’invraisemblance entre le calibre de l’arme qui a prétendument servi à tuer, un 357 magnum, et les dégâts réellement constatés sur la tête de Pierre Bérégovoy…” [… Très apprécié de Bérégovoy, le] photographe James Andanson [a été] retrouvé carbonisé dans sa voiture. Il [...] avait comme voisin un très important marchand d’armes, [...] Jacques Monsieur [...]. Selon les convictions des RG, le suicide du photographe [...] –“un personnage central, à la confluence de plusieurs sphères de pouvoir” – [...] serait, en réalité, une nouvelle mise en scène. [...]

Aujourd’hui, Hubert Marty-Vrayance se sent comme un pion minuscule au milieu d’un jeu dont les règles lui échappent. Ce qu’il décrit est en effet plus qu’inquiétant. [Les “notes blanches” qu’il a rédigées sont distillées dans les médias.] « La semaine dernière, j’apprends sidéré que, depuis mon départ, mon ancien collaborateur de bureau exploiterait mes disques durs Internet et de travail et en communiquerait les résultats » à un haut ponte des RG, écrivait-il à Yves Bertrand [directeur des RG] en mai dernier.

[...] Cette pointure des RG [...] “aurait des contacts fréquents avec la CIA [...] De plusieurs côtés on me signale écoutes illégales, pressions, menaces, intrusions dans la vie privée de [la part de] cette équipe [dont ferait partie ce haut ponte RG] qui semble avoir pas mal de pouvoir dans les structures de l’État et en prend à son aise. Une enquête sérieuse et approfondie me semble nécessaire. Je vous avais déjà écrit en février que ce groupe avait des complices au sein de la DST, de la BRI [Brigade de recherche et d’intervention] et de la direction centrale des RG. Ces gens poursuivent leurs propres objectifs pour leur compte, et n’ont rien à faire de la légalité républicaine. [...] Cette collusion entre marchands d’armes, extrémistes de droite et services de police peut donner lieu à des dérapages incontrôlables. [...] Je pense être victime de ce groupe et veux désormais préparer ma défense ». Une défense qui s’annonce bien compliquée. “L’affaire Marty” ne serait-elle pas un simple épisode de la guerre larvée que se livrent les services de l’ombre ? Une guerre dont la finalité pourrait bien être la succession du “grand patron” des RG, Yves Bertrand ? [...]

Le premier décembre, le Journal du Dimanche publiait un article, Les RG et la guerre des chefs [...] : « “Ils sont en guerre, pour l’instant c’est impalpable, mais tout ce monde ne pense qu’à ça…” Pour ce haut fonctionnaire, la rivalité Sarkozy-Juppé devrait logiquement trouver un terrain d’affrontement avec des nominations “sensibles” dans la police et plus particulièrement aux Renseignements généraux… »

En 1998, Jean-Paul Cruse, journaliste “gaullo-maoïste” visiblement très bien “renseigné” écrivait Un Corbeau au cœur de l’État.

Dans ce livre il racontait la guerre que se sont livrée les clans Balladur/Pasqua et Chirac/Juppé à partir de 1993. C’est l’histoire d’un informateur anonyme, Le Corbeau, qui fit parvenir, à partir de juin 1995, à des magistrats, et notamment au juge Halphen, une véritable collection de notes blanches des RG.

Ces notes blanches avaient été rédigées par la commissaire Brigitte Henry, une adjointe d’Yves Bertrand, et elles aiguillaient les magistrats sur les circuits des financements occultes du RPR. De tout le RPR ? Non, elles ciblaient principalement des “affaires” qui touchaient l’entourage de Chirac et, surtout, celui d’Alain Juppé. “Le corbeau n’est pas un homme seul”, écrivait le journaliste [...]. C’est un groupe d’officiers de renseignements, français, disposant de “correspondants” au sein des RG, de la magistrature, de la PJ, et de la presse. […] Leur but était […] de semer la panique, et de faire savoir que, disposant d’informations pour certains dommageables, […] ils étaient disposés à les utiliser […] si certaines conditions n’étaient pas remplies. Leur chantage, car c’en est un, et il est énorme, se développe […] après l’élection de Jacques Chirac et la nomination d’Alain Juppé, dont ils suspectent les intentions dans des domaines précis, qui les touchent de très près ». À l’époque, l’arme de leur chantage était constituée par les notes blanches des RG. »

[En tête des « domaines précis » figuraient la question des complicités dans le génocide rwandais et un possible changement de méthode dans les relations franco-africaines.

Les aventures du commissaire Marty ne sont donc pas seulement révélatrices d’une “République souterrainehantée de cadavres. Elles ont à voir avec d’impitoyables luttes internes, déclenchées en 1992-93, dont la Françafrique est l’un des objets. À l’époque s’opposaient principalement, au sein du néogaullisme dominant, le réseau Pasqua et le tandem Juppé-de Villepin.

Le « Corbeau » collectif a pilonné Juppé, mais le mitraillage judiciaire de Pasqua, Marchiani et leurs acolytes a plombé leur réseau.

Pourtant, à en croire cet article, le « Corbeau » a repris du poil de la bête. Au service de qui ?]

Extrait de Billets d’Afrique et d’Ailleurs N°111 - Février 2003 -

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Publié avec l’aimable autorisation de l’Association Survie.

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