Paradis fiscaux et judiciaires

A Monaco, un mariage souverain pour se refaire une virginité

samedi 2 juillet 2011

A Monaco, un mariage souverain pour se refaire une virginité

Par VINCENT PIOLET Docteur en géopolitique de l’Institut français de géopolitique, université Paris-8 (Dernier ouvrage paru :. « Le secret bancaire suisse : la contre-attaque » revue mensuelle Banque & Stratégie (juillet 2011)

Enquête

Le territoire tente de polir son image de paradis fiscal, mollement dénoncé par les institutions internationales dans leur prétendue lutte contre le blanchiment.

Extraits de l’article mis en ligne sur le site du journal Libération :

La réalité est que Monaco donne à la France l’opacité financière nécessaire au bon fonctionnement de son économie. Son rôle de paradis fiscal n’est ignoré de personne et constitue d’ailleurs sa raison d’être. Elle apparaît et disparaît à rythme régulier des différentes listes établies par les institutions internationales (Groupe d’action financière, FMI, Conseil de l’Europe, OCDE) dont les critères servent avant tout à donner l’illusion que l’on se préoccupe de la question des paradis fiscaux.

Jeu d’enfants. Depuis le G 20 de Londres en 2009, conclure des accords de transparence avec 12 Etats suffit à n’importe quel paradis fiscal pour se refaire une virginité. Ainsi officiellement, selon l’OCDE, le G 20 a réglé le problème, il n’existe plus de paradis fiscaux sur terre ! Atteindre ces 12 accords est un jeu d’enfants : Monaco a atteint son quota grâce à des accords avec des pays tels que l’Andorre, les Bahamas, le Liechtenstein, le Luxembourg, le Qatar, Samoa, Saint-Marin et Saint-Kitts. Quel courage ! Des paradis fiscaux s’accordant mutuellement des échanges d’informations… Les services de communication de la principauté, qui s’évertuent à gommer cette image de paradis fiscal,

[...] Mais dès que l’on regarde de plus près des critères plus communément acceptés par les experts (bien différents de ceux des institutions internationales qui varient selon les rivalités géopolitiques des grandes puissances du moment), il n’y a plus aucun doute.

D’abord, le secret bancaire : contrairement aux banques françaises, les banques monégasques sont dispensées de signaler toutes les ouvertures de comptes, avec identité des titulaires ou mandataires dans un fichier central, comme le système français Ficoba qui permet aux autorités judiciaires d’obtenir à bref délai les caractéristiques de tous les comptes bancaires détenus sous un même nom.

Ensuite, le secret professionnel : afin d’ajouter une sécurité supplémentaire, le secret professionnel peut être invoqué par un administrateur monégasque, qui n’est en fait qu’un homme de paille non responsable pénalement, pour protéger le propriétaire final d’une société monégasque offshore.

Autre point, l’absence de contrôle et une administration négligente : le point d’orgue caractérisant ce critère fut l’affaire Hobbs-Melville au début des années 2000, l’une des plus grandes escroqueries et opérations de blanchiment jamais réalisées. Cette affaire représenta un gigantesque système de détournements d’environ 175 millions de dollars, 350 plaignants et parties civiles, 350 autres victimes ayant préféré s’abstenir de comparaître, 20 pays concernés, l’utilisation d’une cascade de sociétés écrans.

Enfin, le lieu de convergences d’affaires politicocriminelles financières : si l’on considère depuis une vingtaine d’années uniquement les affaires importantes, c’est-à-dire mettant en jeu des millions de dollars ou d’euros, et ayant eu un impact médiatique très large pour certaines, dans un contexte international, on se rend bien compte que Monaco et ses quelques habitants concentrent un florilège de la criminalité financière mondiale (affaires impliquant des groupes mafieux - mafia calabraise en Italie, cartel de Cali en Colombie -, des entreprises - Parmalat, Elf, Clearstream -, des partis politiques ou des institutions - Angolagate, programme des Nations unies Pétrole contre nourriture, affaires des HLM de Paris, des HLM des Hauts-de-Seine, etc.).

L’étude des faits contredit totalement les discours bien-pensants des autorités monégasques qui cherchent à faire croire qu’un prince plus jeune, sensible aux questions d’environnement, se mariant dans une effervescente médiatique mondiale, ait changé la donne. Derrière le conte de fées subsiste toujours l’enfer de la criminalité financière.
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