Paradis fiscaux et judiciaires

« France Tsar »

vendredi 17 mars 2006

Médias

« France Tsar »

Arcady Gaydamak, homme d’affaires recherché par la justice française, se dit le nouveau propriétaire de « France Soir ».

Par Renaud LECADRE

vendredi 17 mars 2006

Un homme d’affaires réfugié à l’étranger pour reprendre France Soir. Arcady Gaydamak, titulaire de quatre passeports (russe, israélien, angolais et canadien) réfute le terme de « fuyard ». Le propriétaire de Moscow News, dont le directeur est venu présenté hier à Lille un plan de reprise de France Soir (lire ci-dessous), fait l’objet d’un mandat d’arrêt international délivré en décembre 2000 par Philippe Courroye. Le juge d’instruction parisien est en charge de l’Angolagate, une affaire de vente d’armes de la Russie à l’Angola transitant par la France, qui aurait permis de rémunérer une étonnante galaxie d’intervenants : Jean-Christophe Mitterrand, Jacques Attali, Paul-Loup Sulitzer, Georges Fenech, Jean-Noël Tassez... Gaydamak n’a jamais été entendu ni mis en examen, il est donc plus que présumé innocent. D’Israël, il donne régulièrement des interviews à la presse hexagonale, proclamant sa ferme intention de répondre un jour aux questions de la justice française. Mais à condition de ne pas être incarcéré. Ce petit jeu peut durer encore longtemps.

Gaydamak, né en URSS, a débarqué en France en 1972, à l’âge de 20 ans. Ouvrier naval, puis traducteur franco-russe, il se distingue très vite par sa propension à collectionner les redressements fiscaux. Cette pratique intensive du sport national est un incontestable signe d’intégration. Après la chute du mur, Gaydamak plonge illico dans le grand bain du business international : phosphate, pétrole, hélicoptères et armements divers... En 1995, en collaboration avec l’homme d’affaires français Pierre Falcone (également réfugié à l’étranger, après être toutefois passé par la case prison), il fournit au régime angolais un stock d’armes soviétiques pour un montant de 500 millions de dollars. Une transaction d’Etat à Etat, selon lui ; un trafic d’armes, selon l’accusation. Sa commission s’élèverait à 100 millions de dollars.

Trafics. Travailler dans ce secteur sensible de l’armement nécessite de ménager ses arrières. Arcady Gaydamak pensait y être parvenu : en 1996, il recevait la médaille du Mérite sur le contingent personnel du président de la République. Jacques Chirac entendait le récompenser pour son rôle dans la libération des deux pilotes français pris en otage par l’armée serbe en Bosnie. « J’avais une étiquette sulfureuse, je sentais que c’était l’occasion idéale de gommer cette image et de rendre service à la France, a-t-il confessé dans un entretien à Libération (6 mars 2001). La France, c’était moi ! » Mais Gaydamak aurait dû se méfier : sa médaille lui avait été remise en mains propres par Jean-Charles Marchiani, intermédiaire proche de Charles Pasqua depuis condamné (en première instance, il a fait appel) pour avoir confondu la défense de la France et la garniture de ses comptes en Suisse.

Sombre histoire. Le nom d’Arcady Gaydamak apparaît également à la rubrique immobilière, pour avoir racheté ­ via une société offshore ­ la villa azuréenne du flamboyant promoteur Christian Pellerin, poursuivi pour dépassement de permis de construire. Une sombre histoire de portage sur fond de dissension entre Pellerin et son beau-père. Gaydamak est aussi abonné aux pages sports : avant la reprise du club de foot du Betar de Jérusalem et l’embauche de Luis Fernandez comme entraîneur, ses relations avec Alimzhan Tokhtakhounov, homme d’affaires russe mis en cause dans l’affaire des JO de Salt Lake City (les médailles du patinage artistique auraient été réparties en toute amitié franco-russe), avaient fait jaser. Plus récemment, Arcady Gaydamak a été entendu par la police israélienne dans l’affaire de la banque Hapoalim, soupçonnée de blanchiment. Mauvaise pioche ? Le pauvre homme n’y posséderait qu’un misérable compte à découvert de 1 300 dollars.

Entre l’international, la politique, les faits divers et le sport, Arcady Gaydamak couvre tout le spectre de l’actualité. Un bon client pour les journalistes, assurément.

Mais un bon patron de presse ?

© Libération

Publié avec l’aimable autorisation du journal Libération.

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