Procès Athanor : l’heure des réquisitions pour l’officine criminelle de barbouzes

Lundi 6 juillet 2026

Le procès de l’officine criminelle Athanor entre dans sa dernière ligne droite : les avocats généraux prononcent jusqu’à mardi leurs réquisitions contre les 22 accusés, dans une affaire abracadabrante de manipulations et de faux espions qui a coûté la vie à un pilote automobile.

Agence France-Presse 6 juillet 2026 à 00h06

Le procès de l’officine criminelle Athanor entre dans sa dernière ligne droite : les avocats généraux prononcent jusqu’à mardi leurs réquisitions contre les 22 accusés, dans une affaire abracadabrante de manipulations et de faux espions qui a coûté la vie à un pilote automobile.

Jugés depuis le 30 mars devant la cour d’assises spécialement composée de Paris, les membres de cette officine, formée au début des années 2010 dans l’ombre d’une loge maçonnique des Hauts-de-Seine, sont poursuivis pour 26 crimes et 86 délits, allant du vol au meurtre.

Plusieurs militaires rattachés à la DGSE, trois policiers dont deux anciens des renseignements intérieurs, mais aussi de riches chefs d’entreprise encourent la réclusion criminelle à perpétuité dans ce dossier aux multiples ramifications.

Meurtre, tentatives d’assassinat, passages à tabac, espionnage industriel, barbouzeries en tous genres… Au total, la cour a examiné huit volets en suivant la chronologie de l’enquête de la brigade criminelle.

Les avocats généraux reprendront à leur tour le dossier, mais dans l’ordre des faits pour mieux retracer la montée en puissance de l’officine Athanor dont les agissements ont débuté par la surveillance de l’actuel député du Val-de-Marne Sylvain Berrios, alors en conflit avec la compagne de Frédéric Vaglio, qui est impliqué dans la quasi-totalité des faits criminels.

L’originalité de cette affaire à tiroirs tient aux méthodes employées par ses instigateurs, largement inspirées des services de renseignement pour mettre leurs plans à exécution.

Les deux cerveaux d’Athanor, Daniel Beaulieu et Frédéric Vaglio, revendiquaient une appartenance passée ou actuelle aux services secrets, promettant aux exécutants et clients de l’officine une impunité, difficile à admettre lors des débats.

  • « Jeu de dupes permanent » -

Si la plupart des accusés ont reconnu leur implication, ils ont nié toute intention criminelle, se présentant comme des serviteurs de l’ombre de l’État.

La cour a ainsi tenté, pendant trois mois, de déterminer le degré réel de connaissance de chacun.

La semaine consacrée au meurtre du pilote Pascal Pasquali, la plus intense du procès, résume à elle seule le « système Athanor » : un « jeu de dupes permanent », selon les mots d’un expert psychiatre qui consiste à comprendre « qui dupe qui. »

L’agent de sécurité Sébastien Leroy, fasciné par l’univers du renseignement, a ainsi raconté avoir été recruté par Daniel Beaulieu, ancien agent de la DCRI et figure la plus énigmatique du dossier, pour éliminer un « mafieux corse ». Il s’agissait en réalité d’un pilote automobile endetté auprès d’un riche couple.

Le maître espion en chaise roulante a volontiers reconnu user d’« artifices » pour le convaincre d’exécuter les basses œuvres. Mais le policier retraité, - dont les deux compagnes, qui ignoraient pendant trente ans l’existence l’une de l’autre, sont venues témoigner devant la cour - a nié avoir commandité le meurtre.

Dupé par son « agent traitant », Sébastien Leroy reconnaît avoir enterré le pilote dans une forêt auvergnate, mais non de l’avoir tué. Son ancien meilleur ami, Dylan Bilheude, lui aurait tiré une balle en plein cœur, selon lui, ce que ce dernier conteste catégoriquement, assurant ne « rien avoir à faire là-dedans ».

Si Frédéric Vaglio et Daniel Beaulieu nient avoir voulu la mort de Laurent Pasquali, ils reconnaissent avoir préparé deux autres projets d’assassinat dont celui de la coach en entreprise Marie-Hélène Dini.

Présentée à tort comme une espionne du Mossad par les donneurs d’ordre, cette dernière était en réalité une rivale d’un membre de la loge. L’échec de cette exécution, en juillet 2020, a entraîné la chute de l’officine Athanor.

Entendu comme témoin lors du procès, l’ancien directeur de la DGSE, Bernard Émié, a martelé qu’il « n’exist(ait) pas - sauf dans les romans d’espionnage - de missions hors cadre ».

Agence France-Presse

Revenir en haut